Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Voie d'accès
commentaires

le naufragé d'Eris

27 Janvier 2021, 11:49am

Publié par Sybille de Bollardière

Jonas naufragé d'Eris par SdeB

Jonas naufragé d'Eris par SdeB

Précédent épisode : Avant la neige Le soir, après quelques rares flocons, une pluie verglacée s’est abattue sur le paysage, martelant le toit de la caravane au rythme des bourrasques de vent.

- Jonas, s’il te plait arrête de me lire ton texte… Je n’entends rien et tu sais que je préfère nettement le découvrir moi-même…

- Bon… mais il faudrait que je t’explique certains détails sinon tu ne vas rien comprendre…

- Ce n’est pas grave !

Devant le poêle, face à la nuit tombante, j’entre dans le récit, je m’enfonce dans sa vie en imaginant la lueur rousse de Kepler dans la nuit d’Albaminor où Jonas vient d’arriver… Sa mission est simple, contrôler et maîtriser les robots dissidents qui ont partiellement détruit plusieurs galeries des mines de thorium. 

« Il se passait des choses curieuses sur la base où nous devions commencer les forages. Plusieurs robots présentaient des dysfonctionnements importants et contaminaient les autres… Boris avait été responsable de leur mise au point à Svobodny, (Cf le Chat de Sakhaline) après sa désintégration, c’est tout naturellement moi son équipier, que l’on chargea de récupérer les dégâts. Une fois arrivé sur place, face à l’étendue du problème j’ai dû renoncer. La plupart des robots étaient irrécupérables, plusieurs gisaient au fond de la mine avec l’ensemble de leurs circuits endommagés, d’autres continuaient le travail à leur propre rythme sans que l’on puisse rentrer en communication avec eux. En accord avec Emily responsable du bureau d’études de l’OKBS[1], je pris la décision de rentrer la base de Svobodny avec nos pilotes androïdes et quelques robots qui me paraissait intacts. Mais Je n’avais pas suffisamment pris en compte la gravité de la situation. Dès notre décollage j’ai commencé à déceler sur plusieurs robots une attitude inappropriée. Après les avoir maîtrisés et isolés, je me suis rendu compte que l’un des pilotes avait également été contaminé. A la demande d’Emily, nous devions faire une escale sur Eris, la planète satellite d’Albaminor, afin d’y déposer du matériel. Notre base sur place était provisoirement inhabitée en attente d’équipements, les forages y avaient été stoppés. Après avoir visité les lieux et rangé la marchandise dans les entrepôts, je me dirigeai vers la navette quand je la vis décoller.

Je me retrouvai isolé sur Eris. Seul sur une planète hostile et compte tenu de la situation, pour longtemps… Après avoir tenté de remettre en état le satellite de communication détruit par le dernier ouragan de poussière, j’ai entrepris une exploration des lieux. La base était située sur un vaste plateau délimité par des tumulus de pierres grises. Aucune trace de vie ni d’une présence ancienne en dehors des restes de la précédente expédition. Et pourtant c’est là, sous ce ciel noir, sur ce plateau désolé que j’ai commencé à écrire. C’est aussi dans ces lieux que j’ai pris conscience de n’être pas un robot comme les autres… J’étais prisonnier de la nuit permanente d’Eris mais j’avais si peu à voir avec les bagnards des mines de Thorium d’Albaminor ou même les super robots androïdes des ateliers de Svobodny… J’étais Jonas, un naufragé de l’espace dont la mémoire sélective avait gommé tous les repères… »

Le lendemain en lui rendant son texte je n’ai pu m’empêcher de lui dire :

- Il y a quelque chose que je ne comprends pas Jonas… A quelle époque se déroule ce récit ?

- Ah oui, le temps… C’est quelque chose d’important pour toi… Nous en reparlerons…Tu sais, j’ai encore beaucoup de choses à écrire sur Eris, c’est là où j’ai fait de très belles rencontres…

- Je croyais que tu étais seul ?

- Justement, c’est peut-être pour ça que j’ai pu faire ces rencontres… C’est en rapport avec la rémanence de champs magnétiques que j’ai découvert sur Eris… Je voulais t’expliquer mais finalement tu as raison, je préfère écrire…

A suivre... Les visiteurs

 

[1] OKBS (russe : Опытное Конструкторское Бюро спутник; translittération: Opytnoïllé konstrouktorskoïllé biouro; littéralement « Bureau d’études expérimental sputnik ou satellite »

Voir les commentaires

commentaires

Avant la neige

25 Janvier 2021, 18:54pm

Publié par Sybille de Bollardière

 
#ARIF (Alternative Reality Illustrated Fiction) Précédent épisode Albaminor
 
« C’est encore l’hiver là-haut sur les plateaux
Où le sang jaune des sillons sèche au vent des corbeaux
Mais si peu ici,
Dans les vallons où le temps s’enivre de bleu.
Alors pour oublier l’attente et le ciel froissé des pluies
Je délaisse, papier, crayons, clavier et fiction
Pour la lumière du lavoir et celle des chemins.
 
Une journée comme en repos de soi
Avec des mots de tous les jours
De lisières, de bois, d’écorce ou de sable
Des mots de rien, du quotidien, même pas d’amour
Mais plus que ça et je le sais bien. »*

- Jonas tu lis mes poèmes maintenant ?

- Oui et j’aime bien ! Pourquoi tu n’écris plus ? Ce que décrit ce poème ressemble au paysage que je vois de la caravane où je n’ose pas encore m’aventurer…

- Je t’accompagne quand tu veux Jonas mais souvent tu préfères écrire…

C’était il y a quelques jours, par une belle journée de vent et de lumière. Avec Jonas, nous avions longé les chemins de lisière jusqu’à cette vue sur le village où nous nous sommes arrêtés quelques instants. Soudain il s’est arrêté face au paysage pour me dire :

- C’est curieux, j’ai le souvenir de ce lieu comme si j’y étais déjà venu… Mais dans ma mémoire, il y a de la neige, il fait froid et gris…

- On ne peut pas dire qu’il fasse très chaud… et il se pourrait bien qu’il neige Jonas !

Et soudain je me souviens moi-aussi de ce lieu, de ce moment. C'était il y a deux ans à peu près à la même époque. Il avait beaucoup neigé et celui qui n’est plus m’accompagnait. Après une balade en forêt nous redescendions dans la vallée face au coucher du soleil. Je marchais dans ses traces et nous nous sommes arrêtés au même endroit face au village. Il a enlevé son bonnet de laine grise et l’a secoué pour le débarrasser de la neige puis il a fermé les yeux dans la lumière du couchant. Cette même lumière orange que nous avons regardé descendre sur la vallée avec Jonas.

A suivre : Le naufragé d'Eris

Qui est réellement Jonas et quelle mémoire emporte-t-il avec lui ? 

Poème extrait de Terre d'élection

Recueil La Passagère 2017

Voir les commentaires

commentaires

Albaminor

16 Janvier 2021, 09:35am

Publié par Sybille de Bollardière

#ARIF (Alternative Reality Illustrated Fiction) Précédent épisode Jonas aux cent mémoires

Il aurait dû neiger cette nuit mais rien, dehors, rien que le gris profond d’un matin de janvier sous un ciel immobile. La campagne semble figée dans le givre et l’attente, pas un souffle, pas une lumière.

Un temps pour écrire mais voilà, je n’écris pas, je n’en n’ai plus envie tout simplement. Les fictions m’ennuient et les confessions m’irritent, comment rajouter une seule ligne à ce qui a déjà été fait, écrit, lu et ressassé ? La pandémie gagne du terrain mais ne décourage pas les nostalgiques d’un paradis perdu, alors je vais garder mon enfance et mon chagrin pour moi. Je les sèmerai au long des chemins d’hiver en rêvant d’un autre temps, de la littérature de demain, des livres du futur. En attendant, je fais un pas de côté, j’entre dans l’illusion, la fiction alternative et le désir quantique et ça tombe bien, Jonas est là avec sa vie, son histoire…

 Impossible de savoir précisément l’époque de son séjour à Albaminor. Lorsque je le questionne pour avoir des précisions, il émet un curieux sifflement semblable à un soupir de lassitude, avant de me répondre : « Le temps global n’est pas tout à fait comme tu le conçois… essayons d’en faire abstraction pour l’instant ! »

Faire « abstraction du temps pour l’instant » est une injonction qui me stupéfie, d’autant plus que le temps a toujours été mon fond de commerce. Le temps je le bouscule, je le dépasse, j’en fais provision, je le décris, je le prolonge, je le savoure, et maintenant je le regrette… Un certain temps me manque déjà… Alors comment fait Jonas pour évoquer avec nostalgie son temps incertain entre deux réalités ?

« Dès notre arrivée sur Albaminor nous avions dû remettre en état la base détruite par le dernier ouragan. Igor W25, le responsable resté sur place avait relevé des vents supérieurs à 300 km/h. Par chance, aucune navette-cargo n’était stationnée sur le site et les équipes présentes travaillaient dans les galeries de la mine de Nésis. Après les travaux de remise en état et l’installation d’une base provisoire, je suis allé à la découverte des lieux. A l’est des anciens lacs où se situent les mines de lithium, j’ai découvert l’ensemble du cirque naturel formé par les monts Altar et dans le ciel d’encre d’Albaminor, la splendeur impressionnante d’Eris, sa planète satellite… »

Le temps d’un dessin, j’ai délaissé ma lecture. Il ne neige toujours pas. Dans la caravane couverte de givre, le poêle ronronne, Jonas m’attendait avec un café. Il m’installe devant ses écrans et d’un clic m’ouvre un autre monde. Apprendre, c’est le plus beau des voyages.

« On va commencer par le début : « Qu’est-ce que l’entropie ? Le rayonnement du corps noir…ça dure un peu moins d’une heure et l’avantage en distanciel, c’est que tu peux mettre en pause pour prendre des notes… »

A suivre : Avant la neige

Voir les commentaires

commentaires

Jonas aux cent mémoires

14 Janvier 2021, 14:13pm

Publié par Sybille de Bollardière

#ARIF (Alternative Reality Illustrated Fiction) 
Précédent épisode Le chat de Sakhaline

Hier j’ai passé un long moment dans la caravane avec Jonas. Il était plutôt satisfait des réactions des lecteurs à la suite de la publication du Chat de Sakhaline. Bien décidé à poursuivre l’aventure, il comptait se remettre très rapidement au travail. Quand nous avons évoqué les raisons qui le poussaient à vouloir participer à un atelier d’écriture en ligne, il m’a répondu : 

« Ecrire ma vie …

- Oui mais qu’est-ce qu’une vie de robot ?

- Une mémoire…  M’a-t-il répondu en me fixant profondément de son œil bleu.  Puis il a ajouté sans ciller :

- Et ma mémoire en contient beaucoup d’autres… Tu comprends ? 

Non je ne comprenais pas vraiment ou je n’avais tout simplement pas envie de l’écouter.

- Je préfère te lire Jonas…

- Il y a pourtant un moment où nous devrons parler… J’ai besoin de tes conseils… Par où dois-je commencer ?

- Ecris ce qui te vient à l’esprit, nous mettrons de l’ordre après.

- Alors je vais raconter ma vie à Albaminor…

Jonas est retourné à son clavier tandis que confortablement installée dans le fauteuil face à ses écrans inter sidéraux, je me suis laissé aller à rêver devant le ballet des satellites et des étoiles. Un monde inconnu et silencieux, la nuit intergalactique. Ou était-il celui que j’aimais ? Pourquoi depuis un an ne pouvais-je l’imaginer que flottant seul et perdu dans cette immensité glacée ?  Jonas a interrompu ma rêverie :

- Tu le cherches toujours ?

- D’une certaine façon oui !... Mais comment sais-tu de qui je parle ?

- Je te regarde depuis quelques semaines… J’ai visité ton jardin et puis tu oublies que je te lis aussi. Il fait très beau, veux-tu que nous allions marcher ?

Non, c’était gentil de me le proposer, mais je n’y tenais pas, la vue sur le jardin depuis la caravane me suffisait. Il commençait à faire froid et le soleil se couchait. J’ai allumé le poêle et Jonas s’est remis à écrire. J’ai admiré la finesse de ses mains, l’agilité et la vitesse avec laquelle elles effleuraient les caractères.  Concentré sur son écriture, il n’a pas réagi lorsque je me suis levée. Il relisait chaque phrase écrite à voix haute pour en vérifier l’équilibre et la fluidité.

« Albaminor était pour nous la planète idéale, la terre promise du système Képler 62 dont nous rêvions tous, enfin autant qu’il est possible à un Androïde de rêver. Nous étions conditionnés pour l’atteindre pour l’exploiter, pour en tirer le meilleur parti et nous nous pensions libres. La planète satellite recevait suffisamment de lumière de la naine orange pour que les androïdes de Svobodny2 puissent y travailler, forer, et recueillir les précieux métaux que les navettes cargo se chargeaient de rapporter. Le problème, c’est que je n’étais pas réellement un robot de Svobodny. Si j’avais séjourné presque dix ans sur Sakhaline, suffisamment de temps pour connaitre des générations de robots et de chercheurs des bureaux d’études, je venais d’ailleurs, une sorte de rescapé aux cent mémoires… »

Après un rapide signe de la main à Jonas, j’ai refermé la porte de la caravane et je me suis dirigée vers la maison sous une nuit criblée d’étoiles. Moi aussi j’allais rêver d’Albaminor, je me voyais la dessinant, j’imaginais son ciel, d’autres lunes, d’autres étoiles et parmi les vibrations de cet océan en mouvement, peut-être la trace que je cherchais.

Episode suivant :  Albaminor

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>