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La voie d'eau, Jonas et les poissons

18 Août 2015, 15:43pm

Publié par Sybille de Bollardiere

de 2008 à Août 2015
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Sept ans que je photographie, ce chemin d'eau et de vent, de lumière à certaines heures, quand la renverse le recouvre. Chemin de vent et de liberté aussi comme en ce jour d'été où je l'ai découvert seule pour la première fois. Je n'avais pas quatre ans, il faisait beau et déjouant la surveillance familiale, je me suis dirigée vers l'ouest de la plage. La digue interdite était là, rêche et dure pour mes pieds nus mais j'avançais les yeux rivés sur ce banc de sable au loin où des flaques turquoises semblaient faites pour moi. Escaladant les rochers couverts de berniques ou de bigorneaux, évitant les coupants champs de moules, j'ai rejoint les familles entières de pêcheurs de coques. Plus tard, le soleil a baissé et les mouettes sont venues reprendre possession des lieux. J'étais seule. C'est à ce moment qu'un pêcheur s'est approché de moi. Il portait deux paniers remplis de crevettes et une grosse épuisette. Je me souviens de la question rituelle – Où sont tes parents ? De ma réponse – Je n'ai plus de parents ! et du bonheur de m'imaginer telle une héroïne de conte de fée à la porte d'un univers nouveau. Oui, plus de parents, c'est comme ça que commencent les belles histoires. L'homme renonça à l'un de ses paniers et je revois encore la scène de la traversée. L'eau montait, le courant lui battait les mollets et je m’accrochais à son cou, à ses vêtements, une vareuse bleue en coton épais. J'aimais cette impression d'être au sec, hors de danger au dessus des éléments mais si près d'eux que je sentais les vagues lécher mes pieds. Quand j'ai levé les yeux, j'ai découvert ce qui nous attendait de l'autre côté de la digue, une silhouette pour me rappeler que non, je n'étais pas dans un conte de fées. Encadré par deux amis, mon père m'attendait.

Mon souvenir s'arrête là, il m'a laissé le goût des fugues et une tendresse certaine pour les petits fugueurs.

Hier sur la plage il n'était guère plus vieux. Seul sur le bateau contre lequel j'étais appuyée, à l'aide de sa pelle il pagayait sur le sable, uniquement préoccupé par sa navigation imaginaire. Il était perdu mais ne paraissait pas s'en soucier. Je l'ai regardé- blond et doré- jouer un moment, puis nous nous sommes souri. Et ta maman ? - Elle est là-bas me fit-il d'un air distrait en me désignant l'autre bout de la plage. - C'est loin, tu t'appelles comment ? - Jonas... j'ai trois ans – Tu aimes ce bateau ? - C'est pas un bateau, c'est un Kayak ! - Et tu veux aller où Jonas ? - On va aller pêcher, j'aime les poissons mais maintenant je rame ! A t-il ajouté en me souriant de son beau regard sombre.

Bon vent Jonas ! Je t'accompagne un bout de chemin, les baleines sont loin et il est encore temps de rêver.

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Chemin secret

15 Août 2015, 16:59pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Chemin secret
Chemin secretChemin secret

Gris sur les lisières, silence. Derrière les vitres tachées de mouches on devine ce temps mou et plat qui succède aux orages. Dans l’hémisphère nord c'est le moment où l'été bascule, perd de son éclat avant de glisser vers sa fin. Saison jaune et brève pour nous rappeler « que le ciel est sous nos pieds aussi bien qu'au dessus de nos têtes. »1 

Chemin secret ou temple de verdure au cœur de la vallée, je marche sur mes traces. Je me pardonnerais ce que je me suis infligé ici si je pouvais en tirer quelques lignes, une page à écrire avec le souvenir d'aujourd'hui sur l'illusion d'hier.

Dans la profusion des salicaires, eupatoire chanvrine, verge d'or et autre menthe sauvage, je cherche la blancheur de l'achillée, le jaune de l'épiaire. Pour le tableau de demain, marcher et redessiner le paysage, revenir au zéro, à l'infini des possibles et chercher dans toute chose la «divine proportion »2 car« Il n'est pas de plaisir qui ne soit en harmonie avec la part la plus profonde notre nature divine» 3

1 David Thoreau  -  2 φ = 1,6180339887 -.3 Heinrich Suso 1295 - 1366

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Lecture un jour d'été

4 Août 2015, 20:38pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Lecture un jour d'étéLecture un jour d'été
Lecture un jour d'étéLecture un jour d'étéLecture un jour d'été
"Je pose un pas toujours plus lent dans le sentier des signes qu'un seul froissement de feuilles effarouche. J'apprivoise les plus furtives présences. Je ne parle plus, je n'interroge plus, j'écoute. Qui connaît sa vraie voix ? Si pure jaillisse-t-elle, un arrière écho de sang sourdement la charge de menace. C'est l'homme de silence que les bêtes séparent de la peur... L'oiseau perdu, la plus tremblante étoile, le papillon des âmes, neige et nuit, qui essaime aux vieux saules, tout m'est présence."
 

Gustave Roud

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Corps et âme

2 Août 2015, 16:09pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Corps et âme

Deux heures au clocher de l'église, le soleil au zénith. Il fait chaud mais aucune eau ne pourrait apaiser ta soif alors tu ne bois pas. La langue épaissit dans ta bouche et c'est bien parce que tu n'as rien à dire, il faut seulement continuer. Le corps tout entier tendu vers le soleil, tu cherches à atteindre les branches de la haie à rabattre avec ta cisaille. Comme un cheval harcelé par les taons, tu secoues tes cheveux pour éviter leurs piqûres. Tu travailles un dimanche, mais à la seule énergie de tes bras, en silence. On n'entend que le froissement du feuillage et le claquement sec de l'outil. Parfois une tête tombe, tu crois la reconnaître.

C'est l'été, plus un oiseau dans le ciel et le souffle du vent passe trop haut au dessus des lisières, qu'importe tu es est là « corps et âme ». Tu te donnes à fond, imbécile épanouie dans cette tâche qui te ramène au cœur des choses, à cet essentiel qui t'a échappé et te revient quand tu fermes les yeux, éblouie. « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » alors sois en sûre, toi la fille de Caïn tu ne manqueras de rien. C'est cette eau qui coule sur ta nuque qui te le dit, la moisson est là au creux de tes reins. Corps et âme dans l'été, dans la poussière, l'écriture, la pensée ou l'amour. Corps et âmes indissolubles, indivisibles depuis ce jour où tu es sortie de la glaise avec ton cri sur les lèvres. C'est bien, c'est ta prière du jour. S'arrêter oui, mais juste le temps d'aiguiser les lames et reprendre jusqu'à ce que le corps ne ressente plus la fatigue ni la douleur mais seulement le bonheur d'être là tout entier dans le geste, dans le don et la grâce de durer. Être vivante, corps et âme dans l'éclat de l'été.

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